Oyez, oyez, braves gens et fidĂšles lecteurs !
Câest aprĂšs une nuit dâorages et de tempĂȘtes, en ce quatriĂšme jour du mois dâaoĂ»t de lâan de grĂące 2026, au chant du coq (ou plutĂŽt au bip impitoyable du GPS) que nous prĂźmes la route pour la ComtĂ© !

Câest le cĆur vaillant, le corps ragaillardi et lâesprit apaisĂ© (enfin, pas trop non plus aprĂšs les coups de tonnerre de la nuit !) que nous nous Ă©lançùmes Ă la conquĂȘte de ces terres vallonnĂ©es, situĂ©es Ă la croisĂ©e des chemins entre les Vosges et le Pays de la VĂŽge.

La nuance est subtile, amis lecteurs : la premiÚre est un département historiquement rattaché à la région Lorraine, tandis que la seconde nous fait basculer en Haute-SaÎne, terre de Franche-Comté !
Ici, peu dâĂąmes y vivent. C’est le royaume oĂč la fameuse « diagonale du vide » prend tout son sens. Au fil des kilomĂštres, nous croisons bien plus de cheptels que de figures humaines !

Sur cette terre sacrĂ©e de Haute-SaĂŽne, terre ancestrale de mes aĂŻeux, chaque coup de pĂ©dale rĂ©sonne comme un hommage au passĂ©. Un hommage Ă mon pĂšre, un hommage Ă mon grand-pĂšre. Traverser les forĂȘts Ă©paisses, franchir les ruisseaux et longer les prairies verdoyantes de mes ancĂȘtres donne Ă notre pĂ©riple une dimension presque mystique. Et le charme dĂ©suet des quelques hameaux assoupis que nous traversons ne manque pas de me plonger dans mes souvenirs dâenfance.

Ici, tout nâest que calme et quiĂ©tude.

Chaque croisement de chemin me ramĂšne Ă mes origines.

Nous poursuivons notre chevauchĂ©e, le cĆur vaillant, les jambes fortes et lâesprit Ă la rĂȘverie. La solitude absolue de ces paysages sauvages y invite naturellement.

AprÚs une cinquantaine de kilomÚtres (ou de lieues, devrais-je dire !), nous décidons de reposer nos fidÚles destriers de métal et nos jambes éprouvées.

Ici, le temps semble littĂ©ralement sâĂȘtre arrĂȘtĂ©.
Pour restaurer les forces des chevaliers du cycle, place au festin : le fameux PùùùtĂ© Lorrain (Ă prononcer avec lâaccent traĂźnant du charcutier et de mon grand-pĂšre !).

La minute gourmande : Pour ceux qui l’ignorent, le PĂątĂ© Lorrain est la plus ancienne spĂ©cialitĂ© de la rĂ©gion (mentionnĂ©e dĂšs 1392 !). Il s’agit de morceaux de porc et de veau marinĂ©s dans du vin blanc, de l’Ă©chalote et des herbes, le tout enveloppĂ© dans une pĂąte feuilletĂ©e croustillante et dorĂ©e. Un rĂ©gal qui tient bien au corps !
AprĂšs cette halte salvatrice, nous reprĂźmes la route, toujours seuls au monde.

Il fait chaud, trĂšs chaud. Le dĂ©nivelĂ© cumulĂ© commence Ă peser dans les cuisses et mon esprit commence doucement Ă dĂ©lirer au rythme du pĂ©dalage sous le cagnard. Je me prends pour le Capitaine Haddock complĂštement dĂ©shydratĂ© dans le dĂ©sert dans Coke en Stock, voyant des mirages partout ! Puis je repense Ă ObĂ©lix qui chante « Quand l’appĂ©tit va, tout va ! » en voyant voler des cuisses de sanglier rĂŽties… Pas de doute : jâai soif, affreusement soif !

Au kilomĂštre 70, nous croisons enfin quelques Ăąmes humaines. QuâĂ cela ne tienne ! Qu’importe qu’ils soient inconnus, je les aborde, alors quâils sont affairĂ©s Ă des tĂąches dans leur jardin, pour leur demander humblement s’ils n’auraient pas la bontĂ© divine de remplir nos gourdes assĂ©chĂ©es. Avec une immense gentillesse, ils s’exĂ©cutent. Me voilĂ parĂ© pour la fin du voyage !

Au kilomĂštre 85, traversĂ©e d’une petite bourgade dotĂ©e d’un charmant Proxi Market. L’opportunitĂ© idĂ©ale pour acheter Ă boire, Ă boire et encore Ă boire (et un peu Ă grignoter), avant de s’offrir une pause bien mĂ©ritĂ©e Ă l’ombre fraĂźche des marronniers sur la place de l’Ă©glise.

Mais trĂȘve de rĂȘvasserie, la citĂ© fortifiĂ©e de Langres, perchĂ©e sur son haut plateau imprenable, nous attend !
Câest reparti pour les ultimes kilomĂštres sous un soleil de plomb. Et enfin… aprĂšs plus de 100 kilomĂštres et 1090m de dĂ©nivelĂ© cumulĂ©, Langres se dresse devant nous !

Une derniĂšre ascension mĂ©morable pour atteindre les remparts de la ville natale de Diderot, et nous voilĂ dĂ©jĂ attablĂ©s au restaurant gastronomique La Bulle dâOsier.
La Bulle d’Osier est une pĂ©pite gastronomique qui rend hommage au patrimoine local. Le nom mĂȘme du restaurant est un clin d’Ćil direct Ă la vannerie, savoir-faire sĂ©culaire et emblĂ©matique du pays de Langres. Dans une ambiance intime et raffinĂ©e, le chef (Valentin Loison) y propose une cuisine d’auteur crĂ©ative, mettant Ă l’honneur les produits d’exception du terroir champenois et des producteurs passionnĂ©s de la rĂ©gion.

Au menu ce soir : une formidable découverte culinaire du terroir champenois déclinée en 8 services.
Notre Top 4 de cette expérience exceptionnelle :

L’Artichaut de saison, sublimĂ© dans toute sa fraĂźcheur et sa dĂ©licatesse.

L’Ăchalote macĂ©rĂ©e et sa soupe Ă l’oignon dĂ©structurĂ©e, un hommage d’une finesse incroyable aux classiques du terroir.

La selle d’agneau et ses abats, un vĂ©ritable rĂ©gal de cuisson et de saveurs concentrĂ©es.

Le millefeuille de brocard (jeun cerf) et son curry vert, une association extraordinaire portée par un curry tout simplement magistral.
Il ne me reste plus quâĂ vous saluer, trĂšs chers et fidĂšles lecteurs. JâespĂšre de tout cĆur que vous aurez apprĂ©ciĂ© cette ode Ă la terre de mes ancĂȘtres, Ă la beautĂ© sauvage de la diagonale du vide et aux plaisirs simples – mais intenses ! – de la bicyclette.


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