Aujourdâhui, dĂ©part Ă 8h15. Un peu moins matinal quâhier, mais aprĂšs tout, ce sont les vacances, il faut quand mĂȘme en profiter un peu ! đ

Au menu du jour : une Ă©tape XXL de plus de 135 km Ă travers le sud du Bade-Wurtemberg, la traversĂ©e du Rhin, nos premiers coups de pĂ©dale en France, et une chaleur de plomb avec pour destination finale Strasbourg ! LâitinĂ©raire, prĂ©parĂ© avec minutie par Ătienne, nous offre une belle alternance de routes de campagne et de voies vertes, serpentant entre champs et forĂȘts.


Il faut avouer que les paysages sont tout de mĂȘme moins spectaculaires que la veille. On approche de la vallĂ©e du Rhin, la densitĂ© urbaine se fait sentir, mais le roulage reste trĂšs agrĂ©able. Petit Ă petit, nous nous approchons de Karlsruhe Ă une vitesse moyenne de 20 km/h. Un rythme plutĂŽt honorable.


Pendant que les kilomĂštres dĂ©filent, mon esprit erre, comme Ă son habitude, sur fond de musique allemande. Un air me revient rĂ©guliĂšrement en tĂȘte depuis le dĂ©but du voyage, un air de libertĂ© qui est devenu, Ă sa façon, le symbole de la chute du mur de Berlin. Vous lâavez ? Il sâagit bien Ă©videmment du tube planĂ©taire de Nena, 99 Luftballons (1983). Avis aux amateurs : Nena – 99 LuftBallons
Sous ses airs de pop joyeuse, cette chanson raconte comment 99 ballons lùchés dans le ciel sont pris pour une attaque aérienne, déclenchant une guerre totale. Un rappel constant de la tension de la guerre froide.
En fredonnant, je repense Ă tout notre pĂ©riple depuis Berlin. Le Land de Berlin, le Brandebourg, la Saxe-Anhalt, la Thuringe, la BaviĂšre⊠Je repense Ă cette ligne invisible que nous avons longĂ©e, Ă la chute du Mur. Soudain, je me revois lors de cette soirĂ©e dâhiver 1989. Ma mĂšre nous avait appelĂ©s, mon frĂšre et moi, pour que nous venions vite devant la tĂ©lĂ©vision, un fait assez rare Ă la maison pour nous marquer (lâaccĂšs Ă la tĂ©lĂ© Ă©tait trĂšs « maĂźtriser » đ , et Ă raison).
Je me souviens de ses mots : « Les enfants ! Venez voir ! Vite ! ». Je me revois arriver en pyjama dans le salon, scotchĂ© devant les images de ces gens escaladant le mur, cette foule en liesse. J’entends encore ma mĂšre nous dire : « Câest un moment historique comme on nâen voit quâune fois dans sa vie ! ».


NĂ© Ă lâEst mais ayant grandi Ă lâOuest, je repense Ă notre vie actuelle Ă Berlin, Ă toutes ces histoires de la division que nous dĂ©couvrons au quotidien, et Ă cet Ă©cart architectural, Ă©conomique, ou Ă ces routes pavĂ©es dĂ©glinguĂ©es de l’ex-RDA, qui subsiste encore parfois entre lâEst et lâOuest de lâAllemagne.



Il est 11h45. Le thermomĂštre affiche dĂ©jĂ 30°C et nous avons 55 km dans les jambes quand nous atteignons Karlsruhe. On ne va pas se mentir, la ville a peu de charme au premier abord. Comme Berlin, elle a Ă©normĂ©ment souffert de la Seconde Guerre mondiale : son centre-ville a Ă©tĂ© dĂ©truit Ă plus de 80 %, car Karlsruhe Ă©tait un nĆud ferroviaire et industriel hautement stratĂ©gique pour le Reich.

Pourtant, quelques vestiges du passĂ© subsistent, Ă l’image de la Grenadierkaserne. Cet ancien complexe militaire du XIXe siĂšcle, qui a vu passer des gĂ©nĂ©rations de soldats (badois, impĂ©riaux, puis la Wehrmacht et mĂȘme l’armĂ©e française aprĂšs-guerre), a aujourd’hui Ă©tĂ© trĂšs bien rĂ©habilitĂ©.

Pas de grosse pause dĂ©jeuner au programme, mais plutĂŽt des petits breaks rĂ©guliers pour se sustenter et, surtout, sâhydrater! Ă 13h30, avec 75 km au compteur et 33°C Ă l’ombre, câest lâheure du bretzel !

Au-delĂ du clichĂ© gourmand (et moi jâadore !), le bretzel est un vĂ©ritable symbole culturel ici. NĂ© au Moyen Ăge dans les monastĂšres du Sud de l’Allemagne, sa forme unique reprĂ©senterait des bras croisĂ©s sur la poitrine pour la priĂšre, et ses trois trous symboliseraient la Sainte TrinitĂ©. C’est le carburant officiel et sacrĂ© du cycliste en Allemagne !
Encore quelques coups de pédale et voilà enfin les premiers panneaux indiquant la France !

Nous longeons le Rhin sur les digues. Loin d’ĂȘtre un long fleuve tranquille et rectiligne servant de simple frontiĂšre politique, le Rhin sauvage offre ici des zones naturelles magnifiques, une alternance de bras morts, de petits lacs et de zones marĂ©cageuses⊠incroyable !

Pour franchir le fleuve, nous empruntons un pont suspendu de « toute beauté ». Attention, amis qui avez le vertige, abstenez-vous !


Et soudain… la France đ«đ· !

Il nous reste une bonne trentaine de kilomĂštres pour atteindre notre but. On roule le long du du Rhin, alternant pistes paisibles, petits villages alsaciens et forĂȘts accueillantes.

KilomÚtre 138 : enfin, Strasbourg ! Par 35°C, en sueur mais heureux !

Nous poussons nos vĂ©los dans le centre-ville pour admirer ce petit bijou d’architecture.


Ă 17h45, nous posons nos sacoches Ă lâhĂŽtel. Inutile de vous dire que la douche nâest pas une option ! đ
à 18h30, nous savourons une biÚre bien méritée sur la place du Marché-Gayot. Cette petite place pavée et arborée est un véritable havre de paix.

Ă 19h45, direction Chez Yvonne, une vĂ©ritable institution de la cuisine strasbourgeoise. MĂȘme s’il fait encore 30°C en terrasse, impossible de rĂ©sister Ă lâappel du terroir : ce sera une choucroute royale pour tout le monde !

Pour digérer tout cela, nous nous offrons à 21h30 une petite balade nocturne dans le quartier historique de la Petite France, avec ses maisons à colombages.

22h30. Il est lâheure pour nous de vous laisser aprĂšs cette journĂ©e riche en Ă©motions, en souvenirs et en coups de pĂ©dale. Que du bonheur !

Ă demain pour la suite !


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