DĂ©part Ă 8h30 aprĂšs une bonne nuit de sommeil rĂ©parateur. La grisaille est de la partie ce matin, et la premiĂšre section sâannonce comme la plus coriace du trajet : une belle et longue ascension pour se mettre en jambes !

Ătienne a un mĂ©rite fou avec son pignon fixe bricolĂ© la veille, mais on y arrive coĂ»te que coĂ»te ! đ

Pendant cette petite ascension, cet air dans ma tĂȘte: je nâai quâune philosophie, ĂȘtre acceptĂ© comme je suis⊠peut ĂȘtre la suite de mon inspiration de la veille? Vous lâavez? Amel Bent, Ma Philosophie
Câest donc sur cet air entraĂźnant que nous attaquons notre descente.
La descente se fait via un chemin de forĂȘt, non goudronnĂ©, attention !

Mais elle nous offre tout de mĂȘme de jolis points de vue.

AprĂšs un peu plus dâune heure Ă grelotter, nous arrivons Ă Suhl, sous une pluie battante.

Le relief est ici trĂšs diffĂ©rent de ce que nous avons traversĂ© jusque-lĂ : c’est un paysage de moyenne montagne, particuliĂšrement vallonnĂ©.

AprĂšs encore quelques kilomĂštres, la faim se fait sentir. On dĂ©cide de sâarrĂȘter pour ravitailler dans une zone dâactivitĂ© commerciale au charme… tout relatif. Finalement, vu le dĂ©luge, ce sera achat express de sandwichs sous plastique, dĂ©gustĂ©s Ă la hĂąte sur le parking de supermarchĂ©. La vraie vie de bikepackers ! đ


Heureusement, la route qui suit est trĂšs belle. Toujours aussi vallonnĂ©e, elle serpente au cĆur de la forĂȘt de Thuringe, dont la rĂ©serve de biosphĂšre est d’ailleurs classĂ©e au patrimoine mondial de lâUNESCO.

Finalement, un petit rayon de soleil perce les nuages, et un banc perdu au milieu de nulle part nous tend les bras. Parfait pour une pause bien mĂ©ritĂ©e avec dĂ©jĂ plus de 60 km dans les jambes. On sâinstalle, on grignote quelques chips en complĂ©ment de nos sandwichs premier prix, et on observe les environs.

Il faut avouer que câest trĂšs beau. Mais soudain, une tourelle au loin, isolĂ©e au milieu des champs, interpelle notre regard. Quâest-ce que câest ?

Quelques minutes d’observation et une rapide recherche sur Google plus tard, le verdict tombe : nous sommes pile sur la frontiĂšre invisible entre la Thuringe et la BaviĂšre. Autrement dit, lâancienne frontiĂšre interallemande entre l’ex-RDA et l’ex-RFA. Cette tourelle n’est rien d’autre qu’un ancien mirador de l’Est.

Plus loin, un poteau piteusement peint aux couleurs de lâAllemagne est un autre vestige de ce Rideau de fer, qui devait passer exactement lĂ oĂč se trouve la route que nous empruntons.

Câest fascinant⊠fascinant. Je ne trouve pas dâautre mot pour dĂ©crire cette impression Ă©trange qui nous envahit en reprenant notre route, en circulant littĂ©ralement sur cette cicatrice de l’Histoire.

Quelques mĂštres Ă peine qui ont sĂ©parĂ© deux mondes que lâon a longtemps crus irrĂ©conciliables.
Peut-ĂȘtre parce que je suis nĂ© Ă lâEst mais que jâai grandi Ă lâOuest que cette pĂ©riode me parle tout particuliĂšrement, mais ce sentiment est indĂ©finissable. Se dire qu’il y a lĂ deux villages, distants de seulement 5 km, qui partagent la mĂȘme architecture, la mĂȘme nourriture, oĂč les habitants parlent la mĂȘme langue et font souvent partie des mĂȘmes familles… et que pendant 40 ans, ils ont Ă©tĂ© coupĂ©s du monde par un mur de barbelĂ©s et de mines ? Câest une prise de conscience vertigineuse sur la folie des hommes.
Mais trĂȘve de philosophie, pĂ©daler il nous faut !
En franchissant cette ligne, le changement de Land est presque instantané. Force est de constater que les routes de BaviÚre sont en bien meilleur état.

Les villages bavarois ont eux aussi des pavés, mais de tout petits pavés parfaitement alignés, bien loin des gros blocs chaotiques de la RDA.

Enfin, un détail ne trompe pas : les calvaires et les églises qui bordent la route nous rappellent que nous sommes désormais en terres catholiques, et plus protestantes.

Une ancienne frontiÚre, une simple route, et pourtant deux mondes qui affichent encore leurs différences aprÚs presque 40 ans de réunification.
Le temps dâun selfie bavaroisâŠ

Finalement, aprĂšs 100,7 km et 750 mĂštres de dĂ©nivelĂ© cumulĂ©, nous arrivons enfin Ă destination : Bad Kissingen, une magnifique ville thermale bavaroise oĂč l’on va pouvoir soigner les jambes… et le vĂ©lo !

Le temps dâune bonne biĂšre et dâun bon repas quâil nous faut nous laisser, prĂȘts Ă savourer notre pause bien mĂ©ritĂ©e !

Ă demain pour un premier bilan? đ

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